Le corsaire de la nature

31 03 2010

Alors que 2010 a été déclarée année internationale pour la biodiversité, depuis plus de trente ans, Paul Watson fait de la défense des animaux marins son combat quotidien. Portrait d’un écologiste aux méthodes énergiques.

Il a tout du pirate. La tenue d’abord. Noire, frappée du nom de son association The Sea Shepherd, qui tranche avec son épaisse chevelure blanche. Le bateau ensuite. Noir également, avec un pavillon sur lequel sont dessinés un cachalot et un dauphin. A son bord, Paul Watson pourchasse les baleiniers et autres tueurs d’animaux marins. Respectueusement appelé « le Capitaine » par ses membres d’équipage, il se compare volontiers au capitaine Némo, le personnage inventé par Jules Verne qui parcourait les fonds marins à bord du Nautilus. A un journaliste du Guardian, Paul Watson confiait en 1999 : « Némo comprenait que ce que les humains pensaient importait peu, parce que l’humanité était justement le problème. Son devoir était de préserver la faune marine de l’avarice des hommes. Je comprends cette philosophie et je l’ai vécue tous les jours de ma vie d’adulte ».

Plus qu’une simple philosophie, Paul Watson a fait de la sauvegarde des océans son sacerdoce. Loin de l’habituelle image baba-cool des écolos, c’est un guerrier des mers. Avec lui, pas de pancartes ni de sit-in mais de l’action. Une lutte qui ne se fait pas sans dommages. Le 8 janvier dernier, un de ses navires a été coulé par le Shonan Maru 2, un baleinier japonais qu’il avait tenté d’aborder. Depuis le 14 février, un de ses compagnons, le capitaine Pete Bethune, est retenu à bord du même bateau, après être monté à son bord pour arrêter le skipper. Mais ce ne sont pas ces quelques mésaventures qui freinent Paul Watson.

Car le Capitaine s’est toujours juré de défendre la nature. Né à Toronto en 1950, il grandit dans la province du New Brunswick. A dix ans à peine, il entreprend de détruire systématiquement les pièges à castor des trappeurs. A dix-huit, il navigue comme garde-côtes tout en poursuivant par intermittence ses études de communication et de linguistique à Vancouver. C’est là qu’il participe aux débuts du Don’t Make a Wave Committee, en 1969, contre les essais nucléaires en mer. Le groupe deviendra Greenpeace.

Mais l’aventure avec le mouvement écologiste tourne court. En 1977, dégoûté par le bureaucratisme de l’organisation qu’il surnomme « la dame patronnesse de l’environnement », Paul Watson fonde sa propre association, The Sea Shepherd Conservation Society. Avec elle, il sillonne les mers du globe pour contrer les prédateurs des baleines, requins, dauphins, phoques et bientôt, thons rouges de Méditerranée. Ses armes : des bombes puantes de beurre ranci qu’il lance sur les bateaux ennemis.

Controversé

Des méthodes musclées pour lesquelles ses adversaires le qualifient d’écoterroriste. Un terme qui agace Paul Watson. « Les vrais terroristes, ce sont ceux qui détruisent la terre, réplique-t-il. Nous, nous sommes des empêcheurs de tourner en rond. Notre but est de faire appliquer le droit et non de le contester ». Car le combat de la Sea Shepherd est mené en vertu de la Charte Mondiale pour la Nature des Nations Unies. Instaurée en 1982, elle donne autorité à tout individu ou toute organisation pour faire respecter les règles internationales concernant la conservation de la nature.

La position extrême de Paul Watson fait même parfois polémique dans son propre camp.  En 2008, lorsque quatre chasseurs de phoques périssent lors du naufrage de leur bateau, il déclare : « La mort de quatre chasseurs est une tragédie mais le massacre de centaines de milliers de bébés phoques en est une beaucoup plus grande ». Aussitôt, la chef du Parti vert australien, Elisabeth May, démissionne du comité consultatif de la Sea Shepherd. Invité à réagir à cette décision, Paul Watson laisse tomber : « Elisabeth est la seule politicienne à siéger sur ce comité ». Une attitude que résume parfaitement un passage de son autobiographie, écrite il y a seize ans. « Je m’en moque. Je fais ce que je fais parce que c’est la seule chose à faire. Je suis un guerrier et le propre du guerrier est de se battre même s’il est seul contre tous ».

François-Damien Bourgery

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La fin du tout-gratuit sur Internet

26 03 2010

Ce qui n’était encore qu’une vague rumeur il y a quelques mois est en train de devenir une réalité : l’ère de l’information gratuite sur Internet touche à sa fin.

Chacun leur tour, les sites d’information se tournent vers le payant. Après Le Figaro et Libération, c’est au tour du Monde de lancer sa nouvelle stratégie Internet. A partir du 29 mars, les articles publiés dans la version papier ne seront plus disponibles gratuitement aux internautes. A la place, ils auront accès au flux classique des dépêches, à la production de l’équipe du site mais aussi à vingt contenus originaux produits par la rédaction du quotidien pour le Web. Pour faire passer la pilule, Le Monde compte mettre en place une formule « triple play », permettant à ses abonnés de recevoir leur journal et d’avoir accès à l’ensemble des services Internet et iPhone pour 29,90 euros par mois.

Longtemps rejeté, le modèle payant est en train de devenir incontournable. Parmi ses partisans, Rupert Murdoch, le propriétaire de Newscorp, est l’un des plus fervents. En août 2009, lorsqu’il a annoncé que ses sites d’information allaient devenir payants, la Toile a frémi. Et pour cause : le groupe dont il est à la tête est l’un des plus puissants au monde. Il est notamment propriétaire d’une vingtaine de titres en Australie, du Times, du Sun et de News of the World en Grande-Bretagne, du New York Post et du Wall Street Journal aux Etats-Unis, sans compter plus d’une trentaine de chaînes de télévision un peu partout dans le monde et de la Twentieth Century Fox. Bref : du lourd.

A l’examen de son dernier exercice comptable, le magnat des médias en est arrivé à une conclusion : l’information gratuite n’est pas rentable. « Le journalisme de qualité se paie, a déclaré Rupert Murdoch. La révolution numérique permet de nombreux nouveaux modes de distribution peu onéreux, mais cela n’a pas rendu le contenu gratuit. Nous projetons de rendre tous nos sites payants ». Newscorp a déjà fait l’expérience du tout payant avec le Wall Street Journal, spécialisé dans l’information économique. « Je crois que si nous réussissons, les autres nous suivront », a-t-il assuré.

Une stratégie payante ?

Aujourd’hui la plupart des sites d’information ont leurs services tarifés. Mais rares sont ceux qui ont osé rendre l’ensemble de leurs contenus payant. Car un problème demeure : comment éviter qu’en devenant payant, le lectorat se reporte sur les concurrents ? Pour Rupert Murdoch, la réponse est simple : « en rendant notre contenu meilleur et différent des autres », a-t-il affirmé. Un avis que partage Le Monde qui mise sur sa réputation et sa crédibilité pour faire payer des lecteurs en quête d’information de qualité.

Mais pour certains experts, la réussite de la stratégie payante est loin d’être garantie. Dans une chronique publiée dans le quotidien britannique The Guardian le 6 août 2009, Jeff Jarvis, journaliste et spécialiste des médias, a ainsi expliqué : « Si vous faites payer votre contenu – si vous êtes le Financial Times ou le Wall Street Journal, les seuls qui le font avec succès – et que vos lecteurs peuvent gagner de l’argent grâce à vos informations et faire une note de frais à leurs employeurs, je n’y vois pas d’inconvénient. Mais pour la plupart des médias, placer ses espoirs dans la survie de l’information en la faisant payer n’est pas seulement futile mais aussi suicidaire. Faire payer le contenu provoque des coûts de marketing et de relation-client. Placer du contenu derrière un mur le coupe de la recherche et des liens. Les éditeurs qui pensent que faire payer les sauvera se dupent eux-mêmes et empêchent l’innovation et l’expérimentation, seuls moyens pour réussir en ligne ». Et même si les autres sites suivent en Grande-Bretagne, celui de la BBC, qui fournit de l’information de très grande qualité, restera gratuit. Par ailleurs, si les contenus deviennent payants, il est fort probable qu’ils soient piratés et que les sites doivent batailler pour faire respecter le copyright.

« Nous ne réussirons qu’à condition d’être unis ! », a lancé Francis Morel, le directeur général du groupe Le Figaro, lors de la présentation de sa nouvelle stratégie le 11 février dernier. Pour en finir définitivement avec la gratuité de l’information sur Internet, il veut rassembler l’ensemble des titres nationaux au sein du Syndicat de la presse magazine et d’information dont il est le président. « On s’est battu depuis le début contre les gratuits tels que Métro pour redonner une valeur à l’information, alors aujourd’hui ce passage au payant demande une démarche collective ».

François-Damien Bourgery

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Alliance entre partis : Mariage réussi ?

6 03 2010

Les prochaines élections régionales françaises vont se tenir dans un peu plus d’une semaine (14 et 21 mars 2010) et la question des alliances entre partis occupe une place incontournable dans le débat. L’objectif est pour la gauche de garder les vingt-quatre régions dont elle a la direction et de renouveler sa victoire historique de 2004. Quant à celui de la droite, il est de repeindre en bleu une partie de la France.

Les enjeux régionaux, traditionnellement, passionnent moins les électeurs que ceux concernant la nation dans son ensemble. Pourtant, les élections régionales françaises bénéficient d’un mode de scrutin à la proportionnelle, contrairement aux élections législatives par exemple, ce qui garantit une représentation que l’on pourrait qualifier d’« équitable ». Les différents partis politiques essaient donc de profiter de cette fenêtre ouverte pour asseoir leur visibilité au sein de la société. Pour autant, les « petits partis » peuvent-ils être réellement représentés au conseil régional ou doivent-ils faire alliance avec leurs « grands frères » idéologiques afin de pouvoir peser efficacement dans le jeu politique ?

Alliance gagnante ?

Le système d’alliance permet de conserver et de gagner des régions en évitant un éparpillement des voix. Ainsi, la gauche dispose théoriquement d’une plus large « réserve de voix » que la droite. Une série de négociations a eu lieu en amont de ces élections pour savoir quelle stratégie adopter. Contrairement aux élections européennes, les partis de « la gauche anticapitaliste » ne comptent pas tous s’allier entre eux. Ainsi, le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot fera cavalier seul, tandis que le PCF fera liste commune avec le parti de gauche de Jean-Luc Mélanchon.  En ce qui concerne les écologistes, fort de leur succès aux européennes de 2009 avec Europe Ecologie, ils présentent eux aussi des listes autonomes au premier tour des élections régionales.  Cependant, au second tour, des rapprochements sont susceptibles de s’effectuer.  Aussi,  lors des  élections régionales de 2004, la liste PS d’Ile-de-France, dirigée par Jean-Paul Huchon, avait intégré des verts, des militants du parti radical de gauche (PRG) ainsi que du Mouvement Républicain et citoyen (MRC). Au second tour, elle avait fusionné avec les listes communistes, tout en disposant d’un relatif report de voix de l’extrême gauche.

A droite en revanche, la situation est plus complexe car le parti majoritaire, l’UMP, rassemble déjà en son  sein, pour les élections, un grand nombre de courants (anciens centristes ayant rallié la majorité, libéraux, militants de Chasse Pêche Nature et Tradition, etc…). Et si les ténors du parti s’interdisent de pactiser avec le FN, ils sont moins frileux lorsqu’il s’agit du MPF (Mouvement pour la France) de Philippe De Villiers. Or, la situation au niveau local est souvent plus confuse. En effet, en 1998, Charles Millon ou encore Jean-Pierre Soisson, alors tous deux membres de l’UDF, passent des accords avec le Front National pour être sur de remporter la région, ce qui, néanmoins, leur coûtera leur place au sein du parti.

Un nouveau participant : le MoDem

Si les alliances à gauche conservaient une certaine logique depuis l’expérience de la « gauche plurielle », entamée en 1997 par Lionel Jospin, la donne a changé depuis la création du Modem de François Bayrou. Déjà courtisé par Ségolène Royal pour le second tour de l’élection présidentielle de 2007, la question se pose à nouveau pour ces régionales. Et bien que le refus soit catégorique du côté de la tête pensante du parti, il n’en est pas de même sur le terrain, dans les provinces, et plus particulièrement dans la région Poitou-Charentes, fief de Mme Royal. En mal de partenaires au premier tour, (Europe Ecologie et le Front de gauche ayant choisi l’autonomie) , la présidente sortante a accueilli sur sa liste trois Verts et surtout cinq élus MoDem qui ont désobéi à leur parti.

Ainsi, les alliances entre partis semblent être une des règles incontournables du jeu des élections. Selon le tout dernier sondage OpinionWay-pour Le Figaro, LCI et RTL publié vendredi 5 mars, les listes UMP-Nouveau centre-CPNT-MPF arrivent en tête des intentions de vote pour le 1er tour (31%), suivies du PS à 27%, et d’Europe Ecologie à 13%.( 9% pour le FN, 6% pour le Front de gauche, 5% pour le MoDem, 3,5% pour le NPA, 3% pour Lutte ouvrière, 2% pour l’Alliance écologiste indépendante et 2% pour les autres listes ou listes DVD.)

Mais, en additionnant les intentions de vote à droite (UMP, Front national et DVD), on ne parvient qu’à 32% contre 48% à gauche au deuxième tour. En outre, ces élections de 2010 pourraient être les dernières se déroulant sous le mode de scrutin actuel, du fait des nouvelles réformes concernant les collectivités territoriales.

Nastasia Desanti





Les festivals européens

27 02 2010

Graspop, Sziget, Wacken, Printemps de Bourges… Des mots qui ne vous sont pas inconnus. L’Europe foisonne de festival musicaux. Vous voulez parcourir l’Europe cet été ? Pourquoi ne pas en profiter pour vous rendre sur les différents festivals européens ?

Dans le domaine culturel, l’Europe se veut très éclectique. Les festivals artistiques en Europe sont presque innombrables, en passant de petits événements locaux aux gigantesques événements nationaux. Tous les goûts artistiques imaginables s‘y retrouvent. Un véritable atout pour parcourir l’Europe au gré des différentes manifestations.
Une association européenne existe pour soutenir les événements : l’EFA, l’association européenne des festivals en Europe. Elle regroupe plus d’une centaine de festivals en tous genres : musique, théâtre, danse, littérature….
L’ambition de l’association est de soutenir les festivals et de promouvoir leur importance au sein de la coopération culturelle internationale. On retrouve sur le site de l’association un calendrier des événements par pays, par genre…
Aujourd’hui, les festivals se déroulent partout dans le monde, dans les centre-ville ou en périphérie. Ils permettent souvent de mettre en lumière des artistes locaux mais aussi de présenter des groupes ou des artistes reconnus, engendrant  ainsi des déplacements inter frontaliers pour assister aux événements.
Musicalement, l’été est la saison des festivals. On assiste alors à de véritable pèlerinages pour ce rendre sur les lieux : bus spéciaux, formule trajet-entrée, covoiturage…
Cela est de plus de plus en plus fort avec le développement des nouvelles technologies permettant à la communication de passer rapidement et de mettre les festivaliers en relation.
Concerts à gogo, camping en plein air, rencontres… De Berlin Barcelone, en passant par Budapest , laissez vous guider par ce petit panorama des festivals musicaux de l’été.
Tout d’abord, restons en France en ce début d’été pour nous rendre  à Clisson. Cette petite cité médiévale de Loire-Atlantique d’un peu moins de 7000 habitants est désormais plus célèbre pour son Hellfest que pour son château. Ce festival de  musique extrême est le plus grand en France dans sa catégorie et succède au Furyfest en 2006. Il accueille un très grand nombre de groupes principalement aux influences metal et attirent un très grand nombres de festivaliers, environ 60 000  sur trois jours,  le dernier week end de juin. Comme beaucoup de festivals à l’esprit « underground », le Hellfest n’échappe jamais à la polémique, souvent teintée de raccourcis stéréotypés notamment de la part des associations religieuses s’insurgeant contre les noms de certains groupes ou certains textes. Alors coup de pub ou non pour le festival,  Coca cola annonça cet été qu’il ne soutiendrait plus ce festival… à suivre fin juin.
En juillet, pourquoi ne pas se rendre au Roskilde festival, considéré comme le plus grand festival de musique de rock d’Europe du nord ? Crée en 1971, il bénéficie d’atouts précieux: Les bénéfices sont reversés à des fins humanitaires et le festival fonctionne grâce à des bénévoles .
En juillet, difficile de faire un choix. Avec entre autre Les Veilles Charrues en Bretagne, le festival de Dour en Belgique, ou encore le Benicassim festival en Espagne sur la Costa Azahar et ses longues plages de sables fins, arrêtons nous tout de même en Suisse au festival Paléo de Nyon. Crée en 1976, le site accueille sur six jours 225 000 spectateurs, ce qui lui vaut la place de deuxième plus grand festival  de musique européen en plein air. La clé de son succès ? Une programmation très hétéroclite et  sur sept scènes depuis 2008.
Envie d’aller plus loin? Comment passer à côté du Sziget festival en Hongrie ? En plein cœur de Budapest sur l’île d’Obuda, un territoire militaire européen abandonné de la taille du 3eme arrondissement de Paris. Ce festival est devenu un festival reconnu et très fréquenté en Europe. Son originalité repose sur son histoire :  à la fin de l’ère communiste en 1989, il n’y avait pas de lieu de rencontre ou de scènes pour les musiciens. Le festival né de ce constat. Il commence en 1993 sous le nom de Diaksziget, littéralement « l’île aux étudiants ». En 1996, le festival est sponsorisé par Pepsi est devient le Pepsi Sziget. Devenu Sziget en 2002, le festival bénéficie désormais de nombreux sponsors. Avec ses nombreuses scènes destinées à accueillir un style de musique, il satisfait tous les publics : metal, electro, world, tzigane, Jazz….
Dresser la liste des événements musicaux en Europe serait très long tant les festivals sont nombreux. Chacun peut y trouver satisfaction.
Enfin, dans cet échantillon des festivals, n’oublions pas notre région fin août et son Cabaret vert, le dernier week-end d’août dans les Ardennes. Organisé depuis 5 ans à Charleville-Mézières, le cabaret vert se veut être un éco-festival en prônant le tri des déchets respectant une charte de l’environnement.
La programmation allie découvertes avec une scène réservée à la programmation des groupes régionaux et des artistes dits de découverte, et une scène dédiée aux artistes nationaux et internationaux à découvrir pour certains, à redécouvrir pour d’autres.
Alors cette année, en serez-vous ?

Stephany Baudrillard





Bientôt, une DNCG européenne

8 02 2010

Au mois de juin 2009, Michel Platini lance le projet ambitieux du “Fair-Play Financier”.  Sous fond de crise et de remise en cause du système économique, le président de l’UEFA souhaite plus de transparence et d’équité dans le football européen.

Quel projet ?

Le 15 septembre 2009, le comité exécutif du football européen, l’UEFA, a adopté à l’unanimité le principe du “fair-play financier”. Le terme de DNCG européenne avait émergé le 28 août par le biais du comité stratégique de l’UEFA.
Dorénavant, l’accès aux compétitions européennes sera réservé aux clubs présentant des budgets équilibrés. Des sanctions, allant de l’amende à la suspension des compétitions européennes, pourront être imposées dès la saison 2013-2014. Ce système devrait obliger les clubs les plus endettés à revoir leur politique de financement.
Ce projet est pourtant très éloigné de la réalité.

L’Angleterre dans le collimateur…

En Angleterre, cela fait plusieurs années que les revenus – incluant la vente de billets, les droits de télévision et le merchandising – des clubs du Big Four anglais (Arsenal, Chelsea, Liverpool et Manchester United) sont les plus élevés d’Europe.
Mais c’est aussi le championnat le plus endetté du monde. Après avoir longtemps affirmé que les dettes n’étaient pas un problème au vue de la rentabilité du championnat anglais, les responsables font volte-face. Même le Premier Ministre Gordon Brown y est allé de sa déclaration : “Depuis quelques années, certains clubs de football ont des niveaux de dettes bien supérieurs aux revenus qu’ils sont en mesure de dégager” avant d’ajouter “C’est un problème dont les clubs doivent se préoccuper. C’est une inquiétude pour les supporteurs et les dirigeants doivent se pencher sérieusement sur leurs responsabilités“. Si le premier ministre est monté au créneau, c’est à cause de cette dette historique de 3.3 milliards d’euros en 2008.
Pour exemple, le géant européen Manchester United, vient d’émettre 570 millions d’obligations pour éponger une dette de plus de 700 millions. Autre cador européen, le club de Liverpool, co-présidé par deux hommes d’affaires américains, recherche de nouveaux investisseurs. De plus en plus nombreux à être détenus par des capitaux étrangers et côtés en bourse, les clubs anglais ont subi la crise mondiale.

Pourtant réticent à l’idée d’imposer un contrôle, le Président de la Ligue Richard Scudamore a cédé. Il déclare en septembre dernier ” À partir de maintenant, nos 20 clubs devront nous soumettre leur comptabilité tous les ans et en même temps. […] Nous aurons par exemple la possibilité d’interdire les transferts ou d’empêcher les clubs de renégocier les contrats de leurs joueurs à la hausse » Un début.

… l’Espagne aussi.

En Espagne, le processus est similaire. Une étude menée par l’Université de Barcelone cet été révèle que les clubs espagnols sont endettés à hauteur de 3.44 milliards d’euros pour l’année 2008. La situation du légendaire club de la capitale, le Real Madrid est aussi préoccupante. Contraint de revendre à la capitale son centre d’entraînement il y a quelques années, le Real Madrid est endetté à hauteur de 327 millions d’euros.
Comme les clubs anglais, le Real Madrid jouit de bénéfices élevés qui lui permettent de compenser sa dette. Du moins pour le moment.
Le quotidien espagnol El Pais s’était déjà inquiété de cette dette abyssale l’été dernier. En marge des transferts colossaux de Florentino Perez, président du Real Madrid (250 millions d’euros de dépensés), le quotidien espagnol affirmait que les contrôles exercés par la Ligue Professionnelle de Football et le Conseil Supérieur des Sports était trop laxiste face à la crise financière. A l’époque, El Pais s’était montré favorable à la mise en place d’organes régulateurs, comme en France. Michel Platini l’a entendu

Un long chemin à parcourir

L’essence de cette DNCG européenne serait de remettre de l’équité dans le sport et empêcher ce que Michel Platini appelle “la victoire à crédit“.
En France, la DNCG impose aux clubs de lui remettre chaque année un bilan comptable sain et ils se doivent de respecter la règle d’or suivante : ne pas dépenser plus d’argent qu’ils n’en génèrent. Si les clubs français ont plutôt bien supporté la crise, c’est sans doute grâce à leur bon équilibre financier. Or c’est une exception en Europe. Dans un tel contexte, difficile pour les clubs français de rivaliser avec leurs homologues anglais et espagnols. Ces derniers peuvent se permettre d’être gourmand sur le marché des transferts quand les clubs de l’Hexagone doivent être prudents.
La DNCG européenne pourrait changer le visage du football moderne. En effet, les grand clubs européens, qui sont les plus endettés, ne pourraient plus dépenser sans compter et engager les plus grandes stars, comme l’a fait le Real Madrid cet été.
Sachant qu’une qualification en Ligue des Champions rapporte 7.1 millions d’euros (montant qui augmente à chaque victoire) aux clubs qualifiés, on imagine que les dirigeants vont s’empresser d’assainir leurs finances. Pour eux, il faut à tout prix éviter d’être sanctionné en 2013-2014.
Michel Platini, attaché à démocratiser et à moraliser ( l’un des termes récurrent qui a émergé de la crise mondiale) le football en Europe, peut s’estimer heureux. Son programme a pour but de remettre une certaine équité dans ce sport souvent désigné comme du “foot-business”.

Simon Ksiazenicki





Anorexie et mannequinat : ce que fait l’Europe.

7 02 2010

A l’occasion de la nouvelle collection printemps-été 2010 et des défilés de mode, c’est toujours la même polémique qui émerge : les mannequins sont-ils trop maigres ?


Depuis la mort en 2006 d’une mannequin brésilienne suite à son anorexie, les milieux de la santé ont tiré la sonnette d’alarme pour légiférer sur les milieux de la mode, notamment sur les mannequins trop maigres.
Il suffit d’ouvrir un magazine de mode ou de regarder un défilé de mode pour se rendre à l’évidence : « Mon Dieu, elles nagent dans leur 32 ». Mannequins filiformes, joues creusées, ossature apparente, « quelles belles paires….de côtes ! ».
L’Europe veut en finir avec ce modèle de la femme. Certaines associations militent pour voir dans les magazines des femmes à l’aise dans leur 38, leur 40, voir leur 42.
Pour certains spécialistes, l’anorexie aurait tendance à augmenter fortement en Occident. Les mannequins renverraient une image de modèle pour les jeunes, le modèle de la femme parfaite.
L’Espagne est l’un des premiers pays à avoir réagi face au phénomène. Leonor Perez Pita, directrice de la Pasarela Cibeles, le rendez-vous de la mode à Madrid mène un combat :  peser et mesurer les mannequins et interdire de podium celles dont l’IMC (indice de masse corporel) serait inférieur à 18. Cependant, tout le monde ne voit pas cela d’un très bon œil, l’accusant même de vouloir tuer la mode.
En Angleterre, aucune mesure n’est prise. Le British Fashion Council (comité organisateurs des défilés londoniens) considère que les interdictions seraient une discrimination!
En Italie , on impose comme en Espagne un IMC supérieur à 18, c’est-à-dire un poids ne mettant pas en danger le mannequin. De plus, l’Italie a lancé un pavé dans la marre en 2007 avec le photographe Oliviero Tosvani qui a photographié une anorexique nue, Isabelle Caro pour la marque de vêtements No-l-ita, pour placarder les clichés dans toute l’Italie dans l’espoir de choquer l’opinion publique et de faire prendre conscience à la population du phénomène.
Paradoxalement, la France a dit non à ce type de publicité choc. Pourtant, depuis 2008, des chartes pour sensibiliser à l’anorexie sont en cours avec un spot publicitaire. Mais le pays reste plus dans la prévention que dans l’interdiction. Le projet de loi par exemple sur les photographies dans les magazines avec l’avertissement : « photographie retouchée afin de modifier l’apparence de la personne »,  se heurte à des interdictions juridiques.
Alors, rien de neuf sous les sunlights des podiums. Lors de la fashion week, toujours des cintres animés qui défilent en présentant la nouvelle collection.
Beaucoup de professionnels refusent ou refuseront de signer la charte, jugeant inutiles ces mesures.
On peut alors penser que Karl Lagerfeld avec son fameux : « personne ne veut voir des grosses dans la mode », a osé dire tout haut ce que beaucoup de professionnels pensent tout bas.

Stephany Baudrillard





Chute du Mur, deuxième !

22 01 2010

Le temps médiocre sur la capitale allemande n’a pas retenu la ferveur des 100 000 personnes réunies en centre-ville sous les caméras du monde entier. Retour sur une journée pleine de symboles.

Ce fut le point d’orgue de la soirée. Des dominos symbolisant des pans de mur s’écroulent un à un comme pour rappeler la fin d’un monde bipolaire. Celui qui séparait il y a vingt ans encore, de nombreuses familles avec le « Mur de la Honte ». Vingt ans après la chute de son mur, Berlin attirait à nouveau les regards ce lundi 9 novembre 2009. Même ambiance festive, même yeux brillants, désormais embués par l’émotion du souvenir. Car pour la majeure partie des 100 000 personnes étirées le long du parcours, le renversement des dominos représente une symbolique forte : « La chute du Mur, c’est la liberté, c’est le début d’une ère de paix, c’est formidable », témoigne une Berlinoise de 62 ans.

Les souvenirs rejaillissent alors. Les nombreuses images d’archives retransmises sur les écrants géants installés près de la porte de Brandebourg aident à faire remonter l’émotion. Même les touristes venus pour l’occasion se souviennent, à l’image du français Martial : « C’est ce qui a permis la fin de la Guerre Froide, c’est vraiment un grand moment ».

Entre sourires et soupirs

Malgré tout, la fête n’est pas générale. Pour beaucoup encore, elle rappelle aussi la fin de la RDA. « J’ai juste vu la chute du Mur à la télé, déclare Nicolas, 30 ans, originaire de Berlin-est. D’ailleurs je suis contre toutes ces célébrations, elles me rappellent la chute de mon pays tant aimé ». Au-delà de cette ostalgie bien ancrée, c’est surtout le caractère ultra-médiatique qui gêne les berlinois : « On en fait trop ! Le devoir de mémoire est essentiel, mais là, ca devient trop commercial« , affirme le jeune Tobias, 26 ans. La responsable d’une boutique de souvenirs, le long de l’Ebertstrasse confirme : « Les photos de la chute du Mur se vendent bien. Mais ca ne va pas durer. Je les ressortirais dans dix ans« .

La faible ferveur pour la partie politique de la soirée témoigne peut-être de cet aspect. Seule la chancelière allemande Angela Merkel qui passait plus tôt dans la journée, le poste frontière de Bornholmer Strasse, premier point de contrôle à ouvrir ses portes vingt ans plus tôt, fut acclamée, aux côtés de Lech Walesa et Mikhail Gorbatchev, champions à l’applaudimètre.

Leur popularité confirme l’aspect emblématique du lieu. Nicolas Sarkozy, sous les sifflets, commentait d’ailleurs plus tard : « La chute du Mur de Berlin sonne aujourd’hui comme un appel à nous tous à combattre les oppressions ». Pendant ce temps, en Cisjordanie, des Palestiniens abattaient un pan de mur construit par Israël. Finalement, la symbolique est peut-être aussi ailleurs.

Julien Lampin